De la vie dans l’estuaire de la Garonne ?

vendredi 26 septembre 2008
par  J.E. Rattinacannou
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A voir sa couleur brune, dorée diront certains au coucher du soleil, on peut se demander à juste titre si un tel milieu renferme de la vie. Et bien oui ! Etant l’estuaire le moins pollué d’Europe, de nombreux organismes se partagent les niches écologiques de l’estuaire de la Gironde. Plongeons nous dans ses eaux troubles à la rencontre de ces drôles de locataires qui caressent parfois les papilles de nos gastronomes girondins.

 

Les différentes espèces se répartissent dans l’estuaire selon leur préférence pour l’eau douce (espèces dulcicoles) ou l’eau salée (espèces marines) et leur résistance aux variations de salinité (espèces euryhalines).

 

Débutons notre visite par les moins médiatiques. Méconnues du grand public à cause de leur discrétion, elles sont invisibles à l’œil nu, mais indispensable au fonctionnement de tout écosystème dont elles sont les occupants du rez-de-chaussée. C’est la famille des planctoniques qui flottent dans l’eau sans nager. Ces petits organismes sont beaucoup plus nombreux dans l’estuaire aval, où des micro-algues peuvent réaliser la photosynthèse et servir de base à la chaîne alimentaire. Dans la grande famille du plancton on distingue les « flottant en pleine eau » comme les copépodes (micro-crustacés) et les « fixé sur le fond » (benthique) qui sont principalement des vers (nématodes ou polychètes).

 

En se dirigeant vers l’amont de l’estuaire, la salinité diminue, on se retrouve dans la zone de floculation où la charge sédimentaire ne permet plus à la lumière de pénétrer et empêche donc la photosynthèse (cf. article « Pourquoi la Garonne est elle marron ? »). La production primaire tombe à zéro, la diversité et l’abondance de ces espèces chutent et ceux qui vivent à cet endroit se nourrissent de la matière organique détritique charriée par le fleuve.

 

Cette vie microscopique nourrit des animaux bien plus gros, aux noms plus familiers. On trouve en effet près d’une vingtaine d’espèces comestibles que les Girondins pêchent de différentes façons. Là aussi, elles se répartissent le long de l’estuaire selon leur tolérance à la salinité. On trouve quelques crustacés, comme la crevette blanche (Palaemon longirostris) mais surtout des poissons.

Certains sont autochtones (ils restent dans l’estuaire), comme l’épinoche (Gastereosteus aculeatus) ou le gobie buhotte (Pomastoschistus minutus) qui sert de nourriture pour l’anguille et le bar (Dicentrarchus labrax). D’autres, venus de l’océan, viennent s’y reproduire à cause de la bonne qualité du milieu.

 

 L’estuaire de la Gironde a toujours été une destination très prisée des poissons.

 

Ces migrateurs traversent alors l’estuaire deux fois par an, vers l’amont (migration anadrome) puis vers l’aval (migration catadrome). C’est le cas de :

ü La grande alose (Alosa alosa), et Alosa fallax pour la « fausse alose.

ü Des Salmonidés comme le saumon atlantique (Salmo salar) ou la truite de mer (Salmo trutta).

ü  La lamproie (Petromyzon marinus), bien connue des Bordelais, qui n’est pas un poisson mais appartient à la classe des Cyclostomes.

ü L’esturgeon (Acipenser sturio), dont l’estuaire abrite la seule population au monde de l’espèce européenne. Protégée, elle est le fer de lance des actions du CEMAGREF dans la région (Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement).

ü Le maigre (Argyrosomus regius) souvent confondu à tord avec le bar (Dicentrarchus labrax) à cause de leur taille voisine, vient lui aussi des profondeurs des eaux du Golfe de Gascogne pour se reproduire.

ü L’anguille (Anguilla anguilla), migrateur thalassotoque, arrive de la mer des Sargasses (mer sans rivage située à l’Est des Bahamas) après avoir traversé tout l’atlantique nord !!! Ce courageux poisson, consacre les premiers stades de sa vie à la recherche d’un milieu favorable à son développement .C’est ainsi, qu’en décembre de chaque année, il remonte l’estuaire alors qu’il est encore très jeune (phase juvénile). A ce stade de sa vie, il est protégé par une pêche réglementée, car la pibale ou civelle est délicieuse et se vend très chère. Elle se reposera un court instant avant de reprendre son long voyage vers la mer des Sargasses et s’y reproduire.

 

Des efforts importants pour l’amélioration des conditions de migration ont été (construction d’échelles à poissons), ou sont à entreprendre (protection des frayères contre l’exploitation de granulats…). Le retour des poissons migrateurs a d’ailleurs permis le classement de la Garonne en « Axe bleu » (libre pour la migration).

 

D’après la communauté scientifique, son nombre d’espèces (richesse spécifique) et la taille des populations qui y sont présentes indiquent la qualité d’un milieu. Alors soyons vigilant, une richesse coule entre nos mains, mais elle ne sera conservée que grâce à un travail constant de protection. Continuons dans cette voie car nous pouvons êtres fier de notre estuaire girondins.

 

J-E. Rattinacannou Master ENVironemment Océanographie Littorale et Hauturière - Université de Bordeaux I